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 Charles Mingus

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MessageSujet: Charles Mingus   Lun 14 Aoû - 8:02

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Message posté à l'origine par wise901
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Charles Mingus, contrebassiste, pianiste, mais avant tout compositeur, a édifié une œuvre reflétant fidèlement sa personnalité : complexe, colérique et engagée, elle s'abreuve aux racines de la musique noire américaine (blues, gospel...), du jazz ellingtonien, du be-bop et de la musique classique occidentale



Charles Mingus est né en 1922 dans le quartier de Watts à Los Angeles. En raison de ses origines métisses, il est très vite confronté à la discrimination raciale. Sa peau "couleur de chiasse" (pour reprendre une expression de sa succulente autobiographie Moins qu'un chien) lui vaut d'être rejeté par les blancs parce qu'il est jugé trop noir et par les noirs parce qu'il est jugé trop blanc. De ce contexte il gardera un caractère explosif à la limite de la paranoïa. C'est à l'Eglise qu'il découvre le blues, les preachers et le gospel. Élevé dans l'apprentissage de la musique classique, il joue d'abord du violoncelle puis de la contrebasse, son voisin Buddy Collette (saxophoniste, flûtiste et clarinettiste) ne lui voyant aucun avenir dans le monde blanc de la musique classique.
C'est également Buddy Collette qui lui décroche son premier engagement avec Lee Young (1940), puis Charles Mingus joue pour Louis Armstrong (1941 à 1943), pour Kid Ory et dans l'orchestre de Lionel Hampton (1946-48). Il concrétisera (très brièvement) un rêve en jouant dans l'orchestre de Duke Ellington, mais est viré après avoir menacé avec une hache Juan Tizol (coauteur du thème "Caravan") suite à une réflexion raciste ! Expérimentant un temps la formule du trio (avec Red Norvo notamment) il joue ensuite avec Art Tatum, les chefs de file du be-bop : Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Max Roach, Bud Powell...
A partir du milieu des années 50 Charles Mingus constitue sa propre formation qui prendra diverses dénominations (dont Baron Mingus and his Octet) avant de devenir le Charles Mingus's Jazz Workshop, l'atelier jazz avec lequel il concrétise ses premières compositions se nourrissant aux racines de la musique noire américaine (gospel, blues...), du jazz ellingtonien, du be-bop, de la musique classique occidentale. Charles Mingus injecte dans l'exécution de ses compositions une force et une expressivité sans pareil, poussant ses musiciens dans leurs derniers retranchements. Certaines de ces compositions sont réputées injouables et, ce qui n'arrange rien, Mingus est une véritable tête de mule ! Largement ouvertes à l'expérimentation ses œuvres préfigurent le Free Jazz des années 60.

Sélection discographique :

Difficile de conseiller tel ou tel album, tant l'oeuvre de Charles Mingus est riche et cohérente et où chaque composition recèle de trouvailles et de panache. Parmi ses nombreux chef-d'oeuvres, on notera quelques incontournables, qui chacun aborde un aspect différent de l'édifice mingusien.

Pithecantropus Erectus (1956), sa première œuvre d'importance. Cet album marque un véritable tournant, celui où la synthèse de styles que constitue le projet mingusien prend forme en un langage nouveau. Formant un quintet avec Jackie McLean (sax alto), J.R. Moterose (sax tenor), Mal Waldron (piano) et Willie Jones (batterie), il dépeint à travers ce disque une fascinante plongée dans une ambiance urbaine des années 30. On croirait que l'orchestre joue sur le trottoir d'une rue embouteillée de New-York !

Charles Mingus presents Charles Mingus (Candid, 1960). Grâce à Candid, Mingus a trouvé l'alchimie qui fait sonner ses complexes compositions enregistrées en studio comme de véritable performances live. On y entend les interjections de Mingus pour guider ses musiciens, mais aussi les fameux mots incendiaires : "Eh, Dannie Richmond cites-moi une poignée de gens ridicules" ; Dannie Richmond : " Faubus, Rockfeller, Eisenhower". Ce sont les mots de l'une des compositions majeures de Mingus : "Fables of Faubus". Ils épinglent le gouverneur de l'Arkansas Orval Faubus qui avait demandé l'ajournement de l'admission d'une quinzaine de noirs à l'université de Little Rock, à la rentrée 1957, de crainte de voir des émeutes se déclencher. Cette composition avait été publiée une première fois sur "Ah Hum (1959) mais censurée par Columbia, c'est à dire sans les paroles accusant Faubus. C'est ce qui décida Mingus a rompre avec cette compagnie et à enregistrer pour le label indépendant Candid. Une étude ultra complète sur cette œuvre, ses différentes versions et variations (notamment lors de la tournée de 1964) et le contexte politique de l'époque, a été écrite par Didier Levallet, Denis-Constant Martin sous le titre L'Amérique de Mingus : musique et politique, les Fables of Faubus de Charles Mingus (Paris : P.O.L., 1990).

Mingus At Antibes (1960) Mingus se produit en France en juillet 1960 à Antibes Juan-les-Pins avec Ted Curson, Booker Ervin, Dannie Richmond (le batteur qui l'accompagnera pendant quasiment toute sa carrière), Eric Dolphy et Bud Powell, pour un concert entré dans les annales du jazz où les conversations musicales entre Mingus et Dolphy ont heurté une partie du public, sifflant au scandale.

The Black Saint and The Sinner Lady (1963), étonnant essai orchestral dans le sillage d'Ellington et Stravinsky.

Money Jungle (Blue Note, 1962) : le triumvirat impérial, Duke Ellington / Max Roach / Charles Mingus, revisite quelques grands thèmes d'Ellington pour un bœuf aussi dynamique que légendaire. Mingus slappe avec bonheur les cordes de sa contrebasse, à la limite de la rupture ; Duke Ellington parcourt toujours avec la même dextérité les touches de son piano, s'aventurant jusqu'aux extrémités du clavier ; Max Roach ballade ses baguettes sur les fûts et cymbales avec une exactitude et un à propos sidérant. Les sommets du disque : les pétaradants et déjantés "Caravan" et un "Money Jungle".

Charles Mingus Sextet 1964 : Difficile de choisir parmi les nombreux enregistrements de la tournée de 1964, tant la cohésion et l'entente du sextet Charles Mingus (contrebasse), Eric Dolphy (alto sax, clarinette basse, flûte), Clifford Jordan (tenor sax), Johnny Coles (trompette), Jaki Byard (piano); Dannie Richmond (batterie) semble concrétiser à la perfection les attentes de Mingus. Optons pour les deux volumes du Charles Mingus Sextet Concertgebouw Amsterdam April 10th 1964. La vidéo Charles Mingus Sextet (concert du 12 avril 1964 à Oslo) (KJazz Productions, VHS 60mn) permet également de découvrir "de visu" cette osmose. Même lorsqu'il ne joue pas, Eric Dolphy est impressionnant par la puissance méditative qu'il dégage.

Let My Children Hear Music (Columbia, 1972). De 1965 à 1970, Charles Mingus traverse une mauvaise passe. Il est profondément touché par la disparition d'Eric Dolphy (en juin 1964), les engagements se raréfient, il se sent persécuté, se fait viré de son loft new-yorkais en 1966. A partir de 1969, Mingus fait progressivement son retour sur scène, mais c'est véritablement avec Let My Children Hear Music qu'il fait son retour discographique, album qui est souvent considéré comme le testament musical de Mingus, même s'il enregistré par la suite deux autres albums important : Moves (1974) et Cumbia and Jazz Fusion (1976).

Charles Mingus est décédé le 5 janvier 1979 à Cuernavaca au Mexique, d'une crise cardiaque suite à une sclérose amyothrophique latérale paralysante.

Bibliographie :
Charles Mingus et Nel King, Moins qu'un chien, trad. par Jacques B. Hess (Laffont, 1973).
Christian Béthune, Charles Mingus, Montpellier : Editions du Limon, 1988 (Collection Mood Indigo).


Le Mingus Sextet , avec eric Dolphy ici à la clarinette basse

_________________
Antoine
Ténor et Alto S II - becs selmer S90 170 alto-ténor-bar et Vando V16 T95 pour le ténor.

Merci RICO !!
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